La France une nouvelle fois insultée par l’Algérie

Alain Marsauguy

La guerre d’Algérie n’est toujours pas finie. La venue de Jean Castex à Alger prévue dimanche dernier a été annulée sans explication au dernier moment par les Algériens. La tension persiste entre les deux pays malgré les gestes d’apaisement de la France.Pour le ministre du travail et de l’emploi El Hachemi Djaaboub la France reste « l’ennemi éternel et traditionnel de l’Algérie ». C’est ce qu’il a déclaré le 11 avril devant les sénateurs algériens. Des propos injurieux qui auraient dû faire bondir de colère et d’indignation les autorités françaises. Que nenni ! Paris a préféré jouer l’apaisement. « Il y a parfois des paroles excessives dans les relations franco-algériennes » s’est contenté de déclarer Clément Beaune, secrétaire d’Etat aux affaires européennes qui a considéré qu’une telle déclaration ne constituait pas un motif suffisant pour rappeler l’ambassadeur de France en Algérie.

Une nouvelle fois la France fait preuve de faiblesse à l’égard de l’Algérie. D’une veulerie qui ne lui attire que le mépris des Algériens. Comment imaginer plus piètre explication à ce camouflet que celle avancée par ce ministre français qui ose déclarer que « le fait qu’il n’y ait pas pu y avoir cette rencontre de haut niveau entre les deux gouvernements n’est pas lié à une tension entre la France et l’Algérie mais à la situation sanitaire qui ne permettait pas au gouvernement français d’aller en grand nombre en Algérie ». Bref, si la réunion n’a pu avoir lieu, c’est la faute au Covid-19. Grotesque !

Jean Castex que devaient accompagner Jean-Yves Le Drian et Bruno Le Maire se rendait à Alger pour co-présider avec son homologue algérien la réunion du comité intergouvernemental de haut niveau. Un rendez-vous annuel mais qui n’avait pu se tenir depuis décembre 2007 du fait des manifestations de rues hostiles au régime qui aboutiront au départ de l’ancien président algérien Bouteflika. L’objet de cette réunion étant, notamment, de faire le point sur la coopération économique entre les deux pays.

Elle est donc renvoyée aux calendes grecques ! Une attitude désinvolte qui ne semble pas choquer, officiellement du moins, les dirigeants français prêts à avaler toutes les couleuvres, aussi indigestes soient-elles !

Gestes de soumission

Depuis son arrivée au pouvoir Macron n’a cessé de caresser les dirigeants algériens dans le sens du poil, de multiplier les gestes de soumission, sans jamais être payé de retour. Souvenons-nous, dés avant son élection, alors qu’il était en campagne pour la présidentielle, le candidat de la REM avait qualifié la colonisation de « crime contre l’humanité ». Une déclaration infondée autant qu’irresponsable montrant son ignorance sur ce qu’avait été pendant 130 ans l’œuvre de la France pour favoriser le développement économique de l’Algérie.

Plus récemment, et toujours pour complaire au pouvoir algérien, il n’avait pas hésité à reconnaître officiellement l’usage de la torture pendant la guerre d’Algérie, tout comme à mettre en cause l’armée française dans la mort de Maurice Audin et d’Ali Boumendjel, deux militants indépendantistes algériens. Des concessions faites dans la perspective d’une hypothétique « réconciliation des mémoires » telle que préconisée par le rapport Stora qui ne lui valent que mépris de la part des dirigeants algériens qui exigent toujours plus de la part de notre pays. La France étant le bouc émissaire idéal pour détourner la colère du peuple d’un pouvoir qui refuse de reconnaître ses propres échecs dans tous les domaines.

Alors que Macron apporte son soutien au président algérien Abdelmajid Tebboune dont l’élection fin 2019 a été massivement contestée par la population, ce dernier a réaffirmé dimanche que la mémoire nationale « ne saurait faire l’objet de renonciation ou de marchandage ». Les Algériens exigent et Macron s’exécute, allant même parfois au-delà de leurs revendications !

Pour Alger, tous les prétextes sont bons pour ranimer la haine anti-française. Dernier en date l’ouverture il y a quelques jours par la REM d’une antenne à Dakhla. Alger crie aussitôt à la « provocation » car cette ville touristique située au Sahara occidental, sous contrôle marocain, est revendiquée par les indépendantistes sahraouis du Front Polisario soutenus par l’Algérie. « On est en droit de s’interroger sur le jeu trouble des autorités françaises » écrit l’éditorialiste d’El Watan, le grand quotidien algérien de langue française.

Autre sujet de discorde : la remise à l’Algérie en juillet 2020 de 24 crânes et restes mortuaires d’insurgés tués lors de la conquête de l’Algérie et conservés depuis lors au Musée de l’homme à Paris. L’occasion pour le régime de mettre en scène l’évènement à la veille des célébrations du 58e anniversaire de l’indépendance algérienne. Un « geste d’apaisement », un de plus, voulu par Macron qui se retourne aujourd’hui contre lui. Le président algérien lui reprochant – c’est un comble — d’avoir pris seul cette décision, sans être passé par le parlement. L’Algérie qui donne des leçons de démocratie à la France ! On aura décidément tout vu !

Il n’en reste pas moins que ces démonstrations d’allégeance, de soumission de Macron tant vis-à-vis de l’Algérie, que de l’Europe de Bruxelles sont révélatrices de sa pensée, de ses idées. « Emmanuel Macron n’est pas à la hauteur de sa fonction. Il n’habite pas le corps du roi ; comme Giscard il ne sait pas que l’Histoire est tragique » analyse Philippe de Villiers dans une interview au Point (8 avril 2021). On peut donc s’attendre au pire en mars prochain à l’occasion du 60e anniversaire de la signature des honteux accords d’Evian qui ont consacré l’indépendance de l’Algérie et donné le signal de l’exode aux Pieds-noirs. La campagne pour les présidentielles s’annonce particulièrement chaude !