Lettre ouverte à M. Jean Michel APATHIE, Journaliste...

Monsieur,

 

Le 23/01/2021, sur France 5, émission « C’ L’Hebdo » avec l’animateur Ali BADDOU sur l’Algérie, vous avez tenu des propos inqualifiables, mensongers, ignobles, insultants, voire haineux à l’égard des Pieds Noirs, profitant de l’audience de cette chaine de télévision pour déverser publiquement votre fiel à notre égard.

 

Agé de 84 ans et Pieds Noirs moi-même, je me suis senti sali et humilié par ces propos. C’est pourquoi j’estime de mon devoir, afin de défendre notre honneur, de rétablir la vérité en vous adressant cette lettre ouverte en espérant que vous aurez l’honnêteté de la lire avant de la jeter.

 

De quel droit, monsieur, osez-vous, alors que vous n’aviez que 4 ans lors de l’indépendance de l’Algérie, refaire l’histoire de sa conquête et vous ériger en procureur ? Est- ce au titre de la culture à la mode américaine, ou en vertu d’une histoire acquise en lisant une certaine presse de gauche, ou en fréquentant certains milieux du même bord qui sont nés avec à la bouche, un biberon anticolonialiste, anti-Pieds–Noirs, collabos porteurs de valises pro-F L N, pour en extraire le fiel de la haine, alors que vous ne connaissez rien car ne l’ayant pas vécu personnellement.

 

Je pense en effet que la connaissance, l’honnêteté et l’impartialité intellectuelle se forgent avec le vécu et l’expérience personnelle et non par le « on dit ».

 

Ah vous êtes beaux, vous tous les moralisateurs, redresseurs de torts qui tel un FOUQUIER TINVILLE moderne, vouaient aux gémonies le peuple Pieds Noirs. Vous devriez méditer sur la formule d’un de vos confrères et vous en inspirer :

« Il n’est rien de plus absurde que de prétendre juger les hommes d’hier selon les normes juridiques, éthiques, politiques d’aujourd’hui. ».

 

Vos propos m’ont ramené 59 ans en arrière, à l’été 1962, quand Gaston DEFERRE, maire socialiste de Marseille, voulait empêcher les repliés d’Algérie de débarquer, les rejeter à la mer, voire d’ouvrir les cales des bateaux afin de les noyer ou encore les dockers communistes de la C G T qui immergeaient dans les eaux du port, les cadres de meubles ou les voitures qu’ils avaient pu sauver à grand peine.

 

Et puisque vous avez une connaissance très particulière de l’histoire de l’Algérie Française je vais vous faire un petit cours qui devrait améliorer votre savoir. Je rappelle donc que les Algériens ne pouvaient et ne peuvent toujours pas se prévaloir de la propriété de ce territoire. En effet les actuels maîtres du pays ne sont pas les héritiers du peuple d’origine, mais les descendants des envahisseurs arabo-musulmans, qui avant les Français avaient conquis ce qui était alors la Maurétanie, par le glaive, le sang, l’esclavage et la soumission à l’islam.
En effet les peuplades originelles, au IIIème siècle, étaient les Numides-Berbères, qui furent envahis successivement par les Romains, les Vandales, les Byzantins. Vinrent ensuite les Ottomans et la régence Turque de 1516 à 1830 avec des occupations temporaires et locales par les Espagnols.

 

À ce sujet, voici ce que disait Mr Hocine AIT HAMED, l’un des chefs historiques du F L N :

« Chasser les Pieds Noirs a été plus qu’une faute, un crime, car notre patrie a perdu son identité sociale. N’oublions pas que les religions juives et chrétiennes se trouvaient en Afrique bien avant les arabo-musulmans, eux aussi étaient des colonisateurs et aujourd’hui hégémonistes. »

« Avec les Pieds Noirs et leur dynamisme, je dis bien les Pieds Noirs et non les Français, l’Algérie serait aujourd’hui une grande puissance Africaine, Méditerranéenne. Il y a eu envers les Pieds Noirs des fautes inadmissibles, des crimes de guerre envers des civils innocents et
dont l’Algérie devra répondre au même titre que la Turquie envers les Arméniens. »

 

Les arabo-musulmans, une fois installés, firent d’Alger un repère de pirates et surtout un lieu d’esclavage d’êtres humains de race blanche très important. C’est pour éradiquer cette piraterie qui nuisait à la libre circulation des navires de commerce en méditerranée, ainsi qu’à l’esclavage, mais aussi suite à l’incident diplomatique du « coup d’éventail », que la France décida d’intervenir, puis par la suite de poursuivre la conquête de ces territoires auxquels le nom d’Algérie ne fut donné qu’en 1839 par décret du ministre de la guerre Vigile SCHNEIDER.

 

L’Algérie est donc une création purement française.

Ce n’est qu’au fil du temps que la décision d’en faire une colonie fut prise, après de nombreuses hésitations des gouvernements successifs.

Napoléon III envisagea même d’en faire un royaume arabe.

 

Vous avez aussi déclaré : Il se constitue des familles coloniales d’origine européenne française, mais de beaucoup d’Espagnols, d’Italiens.

L’Algérie française est en fait composée d’étrangers. « C’est cocasse ».

Ce qui est cocasse, monsieur, c’est que vous utilisiez ce terme avec moquerie, au moment où la France métropolitaine, votre France donc, a connu des vagues successives d’immigrants.
Ainsi en 1901 elle comptait : 323 539 Belges, 330 465 Italiens, 80 425 Espagnols, 89772 Allemands, 72420 Suisses.

Puis il y a eu la 2ème vague avec les italiens persécutés par Mussolini, les Espagnols républicains, puis les Arméniens rescapés du génocide, les Russes dit « blancs » fuyant le communisme, les Roumains, les Polonais (500 000 en 10 ans) etc.

Ainsi le Français d’aujourd’hui n’est pas plus français que les Pieds Noirs et a autant d’ancêtres étrangers qu’eux.

Qui plus est, la France subit à l’heure actuelle une invasion massive d’étrangers, non européens, avec des mœurs, une religion différente, qui ne veulent pas s’intégrer et ne sont français que par les papiers.

 

Les étrangers installés en Algérie adoptèrent la nationalité française avec fierté, parfois au sacrifice de leur vie en se battant pour la France durant les guerres de 1870, 1914/18 ou 1939/45.

D’ailleurs De Gaulle, lui-même, qui ne nous portait pourtant pas dans son cœur, leur a rendu hommage le 12/10/1947 au stade de Saint Eugène, à Alger en ces termes :

« Vous Français d’Algérie, ce sont vos hommes qui ont fourni la plus grande partie de notre armée victorieuse et versé, en proportion, le plus de sang sur les champs de bataille. En même temps la population supportait avec un courage exemplaire les dures privations imposées par la guerre. À moi- même, il m’appartient de témoigner de quel poids ont pesé dans la libération vos efforts et vos sacrifices. »

L’histoire démontrera quelle fut sa reconnaissance en nous abandonnant lâchement aux égorgeurs du F L N en 1962.

 

Autre sujet de controverse. Toujours au cours de l’émission du 23/01/2021, vous avez osé dire :
« Les Pieds Noirs prennent tout en main, volent des terres aux habitants. »

Encore une accusation mensongère. Non, les émigrés en Algérie n’ont rien volé. Ils ont obtenu des concessions de la part de l’Etat, concessions qu’ils ont payées comme ils ont payé les outils, les animaux, les matériaux nécessaires à l’exploitation du lopin de terre et à la construction de leur maison.

Par ailleurs ils avaient une obligation de résultats et ceux qui n’y arrivaient pas devaient restituer la terre.

 

Enfin dernière énormité aberrante que vous avez proférée : Vous avez osé dire :

« Les familles Pieds Noires avaient organisé la déscolarisation (!), pendant près d’un siècle de tous les Algériens et plongé un peuple dans l’ignorance »

C’est le summum de la bêtise.

Comment pouvez-vous dire de telles inepties, de tels mensonges ?

Cela dénote de votre part un manque total d’objectivité, de rigueur d’honnêteté journalistique.

Quelle honte.

Je vous rappelle, monsieur, que comme en métropole, l’éducation était du domaine de l’Etat et pas celui des familles Pieds Noires. Il y avait en Algérie une organisation identique à celle de la métropole avec des recteurs, des inspecteurs d’académie, des instituteurs, des professeurs formés à l’école normale, tous fonctionnaires d’État comme les époux MONNEROT (des métropolitains qui venaient prendre leur poste dans le bled) qui furent les premières victimes des assassins du F L N le 1er novembre 1954.

La déscolarisation des petits indigènes fut l’œuvre du F L N qui a tout fait pour que ces derniers ne reçoivent pas d’éducation car en tenant un peuple dans l’ignorance on l’asservit mieux.

D’ailleurs le corps enseignant a payé un très lourd tribut. Avant les « évènements» les petits arabes avaient accès à l’école publique au même titre que les petits français descendants d’immigrés.

Vous trouverez d’ailleurs, ci-après, une photo de ma classe à l’école primaire sur laquelle vous pourrez remarquer leur présence. S’ils sont moins nombreux, c’est parce que leurs parents les envoyaient à l’école coranique ou les gardaient comme main d’œuvre pour les aider, notamment pour garder les troupeaux de chèvres ou de moutons.

 

Par ailleurs, je joins également à la présente une copie d’écran du blog d’un ancien élève de mon village, qui doit avoir mon âge, qui montre les instituteurs de notre école, dont il a suivi l’enseignement, avec le commentaire suivant :

« Si les remerciements ont pour unité de mesure le poids, je transmets des tonnes et des tonnes de remerciements aux instituteurs Bou Hadjariens, avant et après l’indépendance, qui ont transmis leur savoir à plusieurs générations de Bou Hadjariens. »

Quel plus bel hommage peut-on donner de la part de quelqu’un qui aurait été déscolarisé ?

 

En outre vous lirez ci-après les témoignages de 2 personnalités dont on ne peut mettre en doute la sincérité :

 – Mr Belgacem IBAZEN (1884/1980), avocat, homme politique et écrivain :
« La scolarisation française en Algérie a fait faire aux arabes un bond de mille ans. »
– Mr Abderrahmane FARES, chef de l’exécutif provisoire Algérien :« S’il est en Algérie un domaine où l’effort de la France ne se discute pas, c’est bien celui de l’enseignement. Il faut dire que l’école a été un succès certain. Les vieux maîtres, les premiers instituteurs, ont apporté leur foi pédagogique, sans arrière-pensée, et leur influence a été extrêmement heureuse. »

 

Voilà, monsieur, j’en termine avec cette lettre un peu longue, mais il y avait tant de choses à dire pour rétablir une histoire que vous falsifiez sans vergogne. J’ose espérer que vous l’aurez lue et, qui sait, avoir le courage de vous excuser. Mais il est inutile de rêver.

Je vous salue par politesse, bien que je ne ressente à votre égard que de l’antipathie à hauteur du mépris que vous manifestez à notre égard, nous les Pieds Noirs, dont je suis, avec Honneur et Fierté !

 

Mr MARRONCLES Roland

83140 SIX FOURS LES PLAGES

Classe en Algérie