Alphonse Raffi Maire d'Alger 1859-1931

Alphose Raffi

Un « brave homme», mais aussi un grand maire, tels peuvent être les qualificatifs attribués à Alphonse Raffi qui, durant quarante et un ans de son existence, a contribué au développement de la ville d’Alger dans tous les domaines. Par son intelligence et ses hautes vertus de dévouement, il sut en faire une capitale moderne et vivante dont le rayonnement culturel et artistique suscitait l’admiration des visiteurs.

Le père d’Alphonse Raffi était né en 1794 dans le Lot, non loin de Figeac. Il partit en Algérie en 1835 et épousa Angélique Lubet à Mustapha (Alger) en 1854. De cette union naquirent six fils et une fille. Leur premier enfant, Alphonse, né en 1859, fit son service militaire dans la marine et en sortit gabier breveté de 1ère classe. Il épousa en 1881 à Aumale (département d’Alger) Catherine Paillasse, née en cette ville en 1860.

Parallèlement à son activité professionnelle, il s’investit très vite clans la gestion des affaires publiques puisqu’il fut maire de Mustapha (quartier qui ne fut rattaché à la ville d’Alger qu’en avril 1904) de 1889 à avril 1904, puis conseiller municipal d’Alger.

Premier adjoint de Charles de Galland, qui fut maire d’Alger pendant douze ans, il était populaire parmi les Algérois qui s’étaient habitués à sa silhouette un peu lourde, coiffée d’un vaste chapeau noir à larges bords, à sa franche gaieté, à ses manières sans façon, à son respect de la traditionnelle anisette. Il fut élu pour lui succéder comme maire d’Alger le 10 décembre 1919. Le « père Raffi » fut adopté d’emblée et il devait se maintenir longtemps au poste de confiance que lui avaient réservé ses électeurs. Il sut avec intelligence choisir pour premier adjoint un jeune homme dynamique, tout bouillonnant d’aspirations sociales au service de la grandeur chrétienne, Louis Pasquier­ Bronde.

Sous le mandat d’Alphonse Raffi la ville d’Alger va connaître de grandes réalisations. Ce seront entre autres:

– la création d’un hôtel des invalides algériens dans l’école des mutilés de Kouba,

– la fondation du premier office public d’habitations à bon marché de la ville d’Alger,

– la création d’une école de navigation,

– la construction d’un casino municipal qui deviendra plus tard le casino Aletti,

– l’extension du port d’Alger vers le Sud-est par la création d’un avant-port et la construction de deux bassins dits de Mustapha et du Hamma, tous deux limités du côté du large par une jetée­ môle et divisés en darses successives,

– la création d’un comité de protection de l’enfance,

– la création d’une chambre d’industrie climatique, la ville d’Alger ayant été élevée au rang de station climatique.

Durant cette période eurent lieu des manifestations solennelles présidées par Alphonse Raffi :

– funérailles du grand musicien Camille Saint-Saëns mort à Alger le 16 décembre 1921,

– accueil triomphal du président de la République, Alexandre Millerand, en avril 1922,

– accueil chaleureux, en janvier 1923, du musicien Vincent d’Indy en visite à Alger,

– inauguration du Monument aux Morts d’Alger réalisé par le grand sculpteur Landowski,

– funérailles émouvantes lors du retour en masse des enfants d’Algérie morts sur les champs de bataille.

Alphonse Raffi représenta la municipalité d’Alger à Paris lors du cinquantième anniversaire de la IIIe République le Il novembre 1920.

Le 15 mai 1925 la population algéroise renouvela sa confiance à Alphonse Raffi pour son excellente gestion de maire. Il fut donc réinstallé dans ses fonctions. Il décida de confier un des postes d’adjoint à un conseiller indigène, M. Sidi Bou Meddine.

À cette époque, Alger connaît aussi de grandes manifestations artistiques. Les salles les plus fréquentées sont le Casino Music Hall et l’Alhambra. Un grand café, le Tantonville est le rendez-vous de tous les artistes et il reçoit une grande affluence venue applaudir orchestres et troupes de passage.

En 1929 I’ Algérie se prépare activement aux fêtes grandioses destinées à marquer le centenaire de la présence française sur cette terre. À la veille de cette année historique de 1930, interviennent les élections municipales. C’est l’occasion pour Charles Brunel, directeur de l’Agriculture au gouvernement général, de relever le prestige de la ville.

Il prépare activement sa campagne électorale et sachant combien Alphonse Raffi est populaire, il lui propose sur sa liste un poste de premier adjoint. Mais celui-ci après sa longue carrière municipale, estime naturel que son jeune et brillant premier adjoint lui succède et préfère se retirer.

Au cours de sa séance du 26 avril 1929, à l’occasion de l’examen du compte administratif du maire pour l’exercice précédent, cet élu qui, pendant près d’un demi-siècle, s’est consacré à la chose publique, tient, avant son départ, à rendre compte de sa mission. Elle a été fructueuse, surtout pendant les quatre années de son dernier mandat olt sa gestion s’est étendue à tous les domaines et tout d’abord à celui de l’alimentation en eau potable de nouveaux quartiers, grâce à la découverte de nappes d’eau artésiennes au domaine de Baraki. Outre les réalisations énumérées ci-dessus, il avait modernisé le matériel auto de la ville et son outillage, pavé les rues, ouvert soixante-dix classes, lancé des projets de constructions de groupes scolaires à Notre-Dame d’Afrique et au Champ de Manœuvres, quartier neuf qui avait fait l’objet de toute sa sollicitude, créé des bibliothèques enfantines, un Conservatoire Municipal, aménagé des promenades publiques aux boulevards Guillemin et Laferrière, aux squares Nelson et Montpensier.

Sous sa direction, la municipalité avait fait édifier de nouveaux abattoirs qui furent inaugurés dans les premiers jours de l’année 1929, et installer, à l’emplacement des anciens, les halles centrales attendues depuis trente ans. Elle avait doté la ville de plusieurs autobus, créé de nouvelles lignes et amélioré la circulation en élargissant les voies. Elle avait modernisé le service d’incendie et constitué une section active de pompiers casernés. Alphonse Raffi avait, d’autre part, réussi à acquérir à un prix modéré les terrains du Champ de Manœuvres dont il avait attribué trois hectares à la construction d’immeubles à loyer modéré.

Sa bienveillance s’était étendue au personnel communal auquel il avait donné un statut de traitements aligné sur celui de la Préfecture et le droit de cotiser à une Caisse de retraites.

Il caressait de nombreux autres projets qu’il aurait sans doute réalisés si son mandat n’avait pas pris fin. Le seul reproche que lui avait adressé son adjoint socialiste, M, Dalloni, était son souci d’économiser les deniers publics ! Il était d’une incorruptible honnêteté, aussi laissait-il à son successeur une situation financière brillante, présentant un excédent de recettes de 22 millions.

Ses collègues louaient fort sa gestion et ce fut un musulman, M. ben Larbey, qui leur demanda de voter sur ce point des félicitations à leur maire. Exemple de droiture et de conciliation, il avait toujours su faire l’union dans son conseil municipal qui lui exprima sa vénération en une longue ovation.

 Estimé des chrétiens, comme des juifs et des musulmans, il avait également fait l’unanimité dans la population qui l’aimait pour sa bonhomie et sa simplicité et le considérait comme « le père de la cité ».

Un monument fur élevé à sa mémoire et inauguré le 28 juin 1939. Son buste surmonté du chapeau légendaire, œuvre en bronze du maître Alaphilippe, était érigé à l’angle de la rue de Lyon et de la rue Trollier, tout près de sa maison natale.

Le couple eut la douleur de perdre le plus jeune de leurs fils, Edmond, instituteur à Bouïra, qui fut assassiné par un indigène. Deux autres fils moururent prématurément. Profondément atteint par ces deuils successifs, Alphonse Raffi devait s’éteindre à l’âge de 72 ans après une vie consacrée aux siens et à cette ville d’Alger qu’il aimait tant et qu’il avait su magnifiquement faire prospérer.