On nous appelle "Pieds Noirs"

On nous appelle « Pieds Noirs » et ces deux mots jetés péjorativement, souvent comme une insulte, sont devenus pour nous bien plus qu’un sobriquet.

On nous appelle « Pieds Noirs » avec cette nuance de dédain, de mépris attachée à ces mots qui pour nous, ont un sens de plus grande importance.

On nous appelle « Pieds Noirs », nous acceptons l’injure, et ces mots dédaigneux sont comme un ralliement comme un drapeau nouveau, comme un emblème pur

On nous appelle « Pieds Noirs », il y a sur nos visages le regret nostalgique des horizons perdus, et dans nos yeux noyés, d’éblouissants mirages.
On nous appelle « Pieds Noirs » il y a dans nos mémoires le souvenir joyeux des belles heures d’autrefois, de la douceur de vivre, et des grands jours de gloire.
On nous appelle « Pieds Noirs », ami, te souviens-tu de nos champs d’orangers, de nos coteaux de vigne, et de nos palmeraies, longues à perte de vue ?
On nous appelle « Pieds Noirs », mon frère, te souvient-il du bruyant Bab-el-Oued, d’El Biar sur sa colline, des plages d’Oranie, du glas d’Orléansville ?
On nous appelle « Pieds Noirs », là-bas dans nos villages, qu’une croix au sommet d’un clocher dominait, Il y a un monument dédié au grand courage.
> Les nommait-on « Pieds Noirs » les morts des deux carnages de 14 et 39, les martyrs, les héros qui les honorera maintenant tous ces braves ?
On nous appelle « Pieds Noirs », mais ceux qui sont restés, ceux de nos cimetières perdus de solitude, qui fleurira leurs tombes, leurs tombes abandonnées ?
On nous appelle « Pieds Noirs » nous avions deux patries, harmonieusement si mêlées dans nos cœurs, que nous disions « ma France », en pensant « Algérie »
On nous appelle « Pieds Noirs » mais nous sommes fiers de l’être qui donc en rougirait ? Nous ne nous renions pas et nous le crions fort, pour bien nous reconnaître
On nous appelle « Pieds Noirs », nous nous vantons de l’être car nous sommes héritiers d’un peuple généreux dont l’idéal humain venait des grands ancêtres
On nous appelle « Pieds Noirs » qu’importe l’étiquette qu’on nous a apposée sur nos fronts d’ exilés, nous n’avons pas de honte, et nous levons la tête.
Ô mes amis « Pieds Noirs » ne pleurez plus la terre et le sol tant chéris qui vous ont rejetés, laissez les vains regrets et les larmes amères
CE PAYS N’A PLUS D’ÂME, VOUS L’AVEZ EMPORTEE.